L’Argentine et la fameuse Route 40

Kilomètre 4 308 de la Route 40.

Une fois le Paso de Sico dépassé, nous nous retrouvons en Argentine. Le goudron s’arrête et une piste de tôle ondulée sableuse et caillouteuse commence. Si côté chilien, ce fut l’une de mes routes favorites mêlant beauté des paysages et plaisir de la conduite à vélo, côté argentin c’est la pire sur laquelle nous avons roulée. Non seulement, cela demande beaucoup d’effort pour avancer mais en plus, c’est un vrai tape-cul. Pour couronner le tout, je suis dans ma mauvaise période. Avec une serviette hygiénique dans la culotte, c’est l’inconfort total.

Paso de sico.

Passé la douane où on nous a offert le gîte dans un refuge avec dortoir, cuisine, salle de bain et Internet, c’est le désert. Nous n’avons pas pensé à changer nos pesos chiliens pour des argentins tant que nous étions à San Pedro de Atacama au Chili. Avec la crise inflationniste du moment, les prix en Argentine ont bondi de 60% et la valeur du pesos est passée de 1,5 à 66 pesos pour un euro en quelques mois. Nous trouvons un petit restaurant de fortune ouvert pour les travailleurs de la mine qui accepte de nous vendre à manger en payant avec notre monnaie chilienne.

Entre le Paso de Sico et San Antonio de los Cobres, la pire route empruntée.
Renard sur piste de tôle ondulée.

Comme dans le désert d’Atacama, le rayonnement solaire est extrêmement fort et nous croisons d’énormes centrales de panneaux solaires. Le paysage est désertique, l’air sec et poussiéreux.

Centrale de panneaux solaires.
On retrouve des lamas…
… et des Vigognes.

Au bout du cinquième jour de vélo sur cette route ondulée, une des suspension du chariot rompt. Nous n’avons pas de pièce de rechange. La même chose nous était arrivée en Colombie, nous avions pu ressouder en attendant de changer la pièce au Pérou. Ici c’est le désert.

La suspension du chariot casse.
On essaie de réparer au ruban adhésif mais ça ne tient pas.

Mais alors que nous sommes arrêtés en bord de route, un camion de pompier nous double et nous demande si nous avons besoin d’aide. C’est Johannes, un allemand qui voyage dans un ancien camion de pompier aménagé en camping car. Il propose de nous emmener jusqu’à la prochaine ville, San Antonio de los Cobres, à 60 kilomètres de là. Il n’y a pas de place pour tout notre chargement alors Daniel se propose de finir la route seul à vélo et nous laisse embarquer à bord avec les enfants.

Fin de la route en camion de pompier allemand.

Il n’est pas mécontent puisqu’il ne reste que 6 km pour arriver au sommet avant de descendre une cinquantaine de kilomètres jusqu’au village. C’est d’ailleurs sur cette dernière portion de route que les paysages sont les plus spectaculaires. Mais je ne regrette pas ma descente en camion, bien que sur cette satanée route, même en voyage motorisé, on est secoué comme des pruniers.

Daniel passe le col à 4 560 mètres, seul.

Plus tard, nous apprendrons que la majorité des cyclovoyageur.se.s rencontré.e.s ayant transité par ce chemin, ont jeté l’éponge et demandé à être pris.es en stop, excédé.e s par l’état déplorable de la route et son manque d’attrait panoramique.

Les 4 ans de Mika à San Antonio de los Cobres.

A San Antonio de los Cobres, nous retrouvons Philippe, un cyclovoyageur de Perpignan que nous avons rencontré en Bolivie. Il passe Noël avec nous et les parents de Daniel venus nous rejoindre pour les fêtes de fin d’année.

Sapin de Noël dans le désert en plein été,
fait de bouteilles en plastique.
Repas de Noël avec Philippe, Opa et Oma.

Nous repartons reposés, lavés et avec un amortisseur de rechange pour le chariot, le 28 décembre. Opa et Oma emmènent dans leur voiture louée les enfants et notre chargement. Avec Daniel, nous roulons à vélo, mais légers. Plus qu’un dernier col à passer. On débute par 30 km de montée.

Et alors que j’avais fait part de ma volonté de ne plus battre de record (de kilomètres, d’altitude, ou de quoi que ce soit d’autre), nous finissons la journée avec 137 km au compteur, notre nouveau record de kilomètres parcourus en une journée. 7h38 de vélo. 100 km de pure descente. Bonheur du cycliste, sauf sur la fin où un vent de face nous oblige à pédaler alors que nous devrions être en roue libre. Je colle alors au maximum Daniel pour profiter de son aspiration.

On passe de l’univers minéral…
… aux cactus…
… avant de retrouver enfin la verdure.
Descente avec Olivier , un cyclo français rencontré au col.

Nous passons de l’altiplano minéral et aride, à des terres de cactus, puis de prairie et enfin de forêt. On revoit le vert, le vrai, pour la première fois depuis que nous avons quitté la région amazonienne et traversons les Andes il y a plus de 5 mois. Je pense à mon Auvergne natale. On retrouve le chant des oiseaux. Nous ne sommes plus qu’à quelques 1 000 mètres d’altitude. C’est le bonheur.

Je suis heureuse de quitter les terres arides et les hautes altitudes. Les paysages y sont incroyables, mais mon corps n’est pas fait pour ce milieu, trop sec, trop minéral. J’aime les arbres, les rivières et les oiseaux. C’est le début de l’été, ici en bas. On chausse nos sandales et on se défait de quelques affaires spéciales froid d’altiplano, comme les sacs à viande en matière polaire, notre matelas isolant qu’on remet aux parents de Daniel avant leur départ.

L’amphithêatre de la Quebrada de las Conchas.

On évite la ville de Salta et rejoignons Cafayate via la belle « Quebrada de las Conchas », un passage étroit entre des blocs de pierres roses suivant le río las Conchas, royaume des perroquets Barranqueros.

Camping au bord du río las Conchas.
Dans les falaises de la Quebrada de las Conchas, nichent les perroquets Barranqueros.

A partir de Cafayate nous suivons la fameuse route 40, route mythique comme l’est la route 66 aux Etats-Unis. C’est en effet la plus longue d’Argentine, reliant la frontière bolivienne au nord à l’extrême sud de la Patagonie, en suivant la cordillère des Andes sur 5 194 kilomètres.

La Route 40 par 40°C.
En cherchant l’ombre des arbres on récolte des crevaisons.
Repos sur la route 40.

C’est l’Argentine, toujours latine, mais beaucoup plus européenne que tous les pays traversés jusqu’ici, à l’exception du Chili. On retrouve la culture du camping. Les argentins adorent. Pas forcément pour y dormir sous la tente mais au minimum pour organiser des barbecues. Les campings municipaux ne coûtent presque rien, mais à moins que nous n’ayons pas d’autres alternatives ou qu’il nous faille prendre une douche, nous les évitons, notamment le weekend car il est impossible de s’y reposer vraiment, différents postes de musique se faisant concurrence jusque très tard dans la nuit.

Belle place de camping dans la Cuesta de Miranda.

On retrouve le plaisir de manger de la bonne viande. Nous sommes végétariens de cœur, c’est vrai, mais avec notre vie de nomades sportifs, on apprécie vraiment de manger parfois des lomos, matahambre et autres tranches de bœuf bien préparées. Car du Mexique à la Bolivie, il vaut mieux éviter de consommer de la viande. La viande de bœuf doit souvent être mastiquée durant plusieurs minutes tellement elle est dure et nerveuse. Reste le poulet, servi à toutes les sauces, mangeable mais ayant été élevé dans les pires conditions si on ne le consomme pas directement chez le paysan.

Barbecue à l’argentine.

Avec un ravitaillement régulier (il y a rarement plus de 80 km entre deux villages), des possibilités de camping (et donc de douche) fréquentes, un dénivelé faible et du goudron, c’est une route facile. On double notre moyenne de kilomètres quotidiens passant de 30 à 60 km.

Route 40.
Parfois, on dévie de la route 40, comme ici, pour suivre la cuesta de Miranda et son col à 2 040 mètres d’altitude.

Par contre l’été est bien présent dans la pampa. Nous avons quitté le vert et sommes à nouveaux dans des paysages semi-désertiques où les cactus poussent au milieu des vignes. En journée, le thermomètre ne descend pas en dessous de 35°C à l’ombre. Heureusement, les argentins sont sympas et il n’est pas rare qu’une voiture s’arrête pour nous offrir des bouteilles d’eau congelée. C’est alors un vrai régal de mettre des glaçons dans notre eau toujours tiède et d’avoir la sensation de se rafraîchir vraiment.

On fête l’anniversaire de Daniel au parc national de Talampaya …
… où des ossements de dinosaures ont été retrouvés…
… dans un paysage de Far West.

Mais nous nous sommes séparés de notre tente moustiquaire depuis le Pérou, on passe donc des nuits bien trop chaudes dans notre tente d’expédition 5 saisons. A quatre à l’intérieur c’est la fournaise.

Le sol de pierre et de sable libère la chaleur accumulée le jour et chauffe la tente le soir.

On essuie aussi de gros orages. Les pluies sont alors torrentielles. Les températures baissent mais parfois nous sommes pris entre des orages très impressionnants, les uns grondant des Andes et les autres sur les chaînes de montagnes préandines, soit de part et d’autre de la vallée où nous roulons.

Sur la route de San Juan…
… Le pneu arrière de Daniel explose…
… On profite de la ville pour se ravitailler, trouver un pneu et faire une longue pause, à l’ombre.

Lorsqu’il ne pleut plus on frôle les 40°C à l’ombre. Plus on s’approche de San Juan et Mendoza, deux villes importantes dans la région d’Argentine la plus réputée pour ses vins, plus il y a de trafic. Certains cyclistes passent de Mendoza à Santiago du Chili au Chili mais il y a bien trop de voitures et de camions sur cette route. De plus, la cordillère des Andes est encore très élevées à cet endroit, c’est là où se trouve l’Aconcagua, le sommet le plus haut des Amériques qui culmine à 6 962 mètres d’altitude.

Body painting sur la route 40.
Alors que la grande course cycliste La vuelta a San Juan s’organise, les enfants dessinent la carte du Tour de France.

Nous décidons de continuer plus au Sud et de traverser les Andes par un col beaucoup moins fréquenté.

Le 1er février 2020, nous fêtons nos 20 000 km parcourus à vélo depuis notre départ d’Alaska en mai 2017.

Entre temps, nous fêtons nos 20 000 kilomètres parcourus le 1 février 2020, alors que Marla perd sa toute première dent de lait.

Marla perd sa première dent de lait.

Nous traversons d’immenses vignes, champs de pêches, de tomates, de melons et de pastèques. Il y a aussi beaucoup d’activités minières. On croise quelques panneaux d’opposition à l’extraction du gaz de schiste.

Alors que nous nous arrêtons chez Juan pour acheter de quoi pique niquer, il nous offre le casse croûte et une bouteille d’eau congelée pour repartir.

Une nuit, Diego nous permet de poser la tente sur le site de la mine de pierre ponce qu’il surveille pour le weekend. Il nous explique chasser le tapir, espèce protégée, nous offre du mate, la fameuse boisson des argentins. En effet, plus on descend dans le sud et plus nous croisons des pancartes annonçant remplir les thermos d’eau chaude pour pouvoir boire le mate. Ce thé se boit dans une tasse à l’aide d’une paille en argent et il se partage. Mais nous ne sommes pas très fans, le goût étant très amer.

Avec Diego et ses collègues dans la mine de pierre ponce.

On commence à croiser les premiers cyclovoyageurs partis en décembre d’Ushuaïa, remontant vers le nord, comme David et Sébastien de Saint-Etienne et Philippe un franco-allemand. On échange des conseils et anecdotes sur ce qui les attendent plus au nord et ce qui nous attend plus au sud.

A Malargüe, Rayen, une jeune cyclovoyageuse, nous accueille chez elle.
En plein cagnard, une petite mamie offre des bonnets tricotés aux enfants.

De Cafayate, au kilomètre 4 341 de la route 40 à Las Lajas, au kilomètre 2 455, nous avons parcouru presque 2 000 kilomètres en un temps record d’un mois et demi. Notre moyenne se situant en général aux alentours de 1 000 km par mois.

Nous avons bien avancé sur la route 40, mais depuis que nous sommes entrés en Patagonie, nous affrontons le vent. C’est déprimant tellement il nous freine. Les cyclos remontant de l’extrême sud de la Patagonie nous comptent tous la même histoire de lutte contre un vent fou, capable de briser les vitres des camping car et surtout d’empêcher toute progression. Tous nous racontent avoir remballé la tente et repris la route en pleine nuit pour profiter d’une accalmie et rouler hors de la tempête. Ça ne me dit rien qui vaille.

Un papillon de nuit qu’on surnome Golden Eye adopte Daniel et roule avec nous 30 km avant de s’envoler dans la nuit.
On observe des oies de Patagonie, des Caracaras huppé, des Ibis, des vautours Urubu mais aussi des chouettes des terriers…
… et des serpents.

Nous avons maintenant réservé notre billet retour depuis Ushuaïa fin avril. Il s’agira de tout donner avant de mettre un terme (temporaire ?) à notre aventure à vélo en Amérique. Mais déjà, alors que nous roulons sur du « ripio », une route en terre et cailloux, le vent est tellement fort qu’en plus de faire entrer du sable par tous les ports de la peau, le nez et les oreilles, je ne suis pas capable de maintenir mon vélo chargé qui tombe. Un pick up de mineurs s’arrête pour demander si j’ai besoin d’aide, je n’en peux plus, je dis oui et ils chargent mon vélo et les sacoches. On rejoint Daniel et les enfants plus avant. Je prend les petits et un peu de chargement avec moi. Daniel continue seul à vélo et nous rejoint au prochain village, 30 kilomètres plus loin et quelques heures plus tard.

80 km de “ripio” et la suspension droite du chariot casse à nouveau…
… puis Daniel casse un rayon.

Finalement, on n’est jamais sorti de l’auberge et il y a toujours des défis à relever même quand on a enfin accès à l’eau potable, aux campings, au goudron, … vient le vent pour ne pas nous rendre la tâche trop facile.

A Buta Ranquil, Walter nous invite à passer deux nuits dans la caserne de pompier.
A Chos Malal nous sommes au milieu de la Route 40 et déjà en Patagonie.
Solidarité des motards chiliens, slovaques et irlandais.
Doña Morelia nous permet de camper abrités du vent par sa maison.

Nous décidons de passer côté chilien, plus boisé et protégé du vent depuis Las Lajas. Le 27 février 2020, nous traversons une nouvelle fois la cordillère des Andes par le Paso Pino Hachado à « seulement » 1 860 mètres d’altitude. Nous quittons provisoirement l’Argentine pour retrouver le Chili.

Sur les hauteurs, nous découvrons les arbres Araucanías, symboles de la culture Mapuche.

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