Lacs de Patagonie et pandémie

Au bord du lac Nonthue, en Argentine.

Nous entrons pour la troisième fois au Chili, mais cette fois-ci par la région des Araucarias, du nom de ces fameux conifères andins protégés. Leur présence révèle que nous sommes en territoire Mapuche, « les gens de la terre ». Le vent souffle moins fort qu’en Patagonie argentine et l’environnement est beaucoup plus vert que sur la route 40.

Le Paso Pino Hachado à 1 860 mètres d’altitude fait la frontière entre l’Argentine et le Chili.
Les fameux Araucarias.

Nous suivons toujours la cordillère des Andes, direction le sud. Nous faisons de belles rencontres notamment avec des familles Mapuches qui nous font goûter les spécialités aux pignons d’Araucarias. L’arbre et ses fruits sont protégés. On ne peut pas ramasser ses pommes de pins mais les communautés indigènes en ont le droit.

A l’ombre d’un araucaria.
Vue sur la laguna Icalma.
Rencontre avec une famille Mapuche qui essaie de nous apprendre quelques mots de mapudungun, la langue mapuche.
Encore une crevaison.
C’est la saison des mûres.
Entre río Long Long et Villarica, on emprunte les chemins.
Dans les montées, les enfants doivent marcher.

On renoue avec bonheur avec le vert des arbres et le bleu des lacs et des rivières.

Baignade dans le lac Villarica.
Le volcan Villarica à 2 847 mètres d’altitude.
Le mot allemand “Kuchen” est utilisé pour parler de gâteau. Révélateur d’une migration allemande assez importante dans cette région du Chili.

La région des fleuves

Une semaine plus tard, nous entrons dans la région des fleuves. C’est là que nous sommes accueillis par des amis de la Happy Family BIOcycling dans leur ferme de myrtilles biodynamique. Nous découvrons alors ce que veut dire la biodynamie, notamment représentée par la marque Demeter. Nous pensions qu’il s’agissait d’une culture bio aux exigences élevées de respect de la nature. En fait, à cela s’ajoute tout un pan d’ésotérisme, de rituels assez étranges et dont la pratique ne relève pas tant de savoirs ancestraux, d’observations et de connaissances de l’environnement, comme peut l’être la permaculture, mais d’une doctrine élaborée par Rudolf Steiner, un érudit autrichien aux positions discutables.

Cueillette des myrtilles dans la ferme biodynamique de Coñaripe.
Dans le temple au centre des énergies de la ferme de myrtilles.
Avec nos amis de la ferme biodynamique.

Nous roulons jusqu’au bord du río Fuy où le bateau nous emmène presque jusqu’à la frontière argentine.

Belle montée pour sortir du lac Calafquen.
Lac Pullinque.
Baignade dans le lac Panguipulli.
Camping au bord du río Fuy.
A Puerto Fuy, nous embarquons pour arriver près de la frontière argentine en bateau.

La route des sept lacs en Argentine

Le lac Nonthue.

Nous rejoignons l’Argentine en passant de nouveau les Andes à l’endroit le plus bas de notre voyage, soit 616 mètres pour traverser le río Hua Hum qui fait la frontière.

Magnifique endroit pour camper au bord du lac Nonthue.
Camping parfait au bord du lac.
On a trouvé des oeufs.
Marla nous prépare l’omelette du petit-déjeuner.

Nous poursuivons jusqu’à San Martin de los Andes, une petite ville très touristique qui fait un peu penser à la Suisse de par son style, ses montagnes vertes, son lac et ses sports d’hiver quand c’est la saison.

Début de la route des sept lacs à San martin de los Andes.

C’est là que la « civilisation » nous rattrape. En effet, alors que nous campons dans le jardin de Patricia, nous rencontrons Alessandro, un cyclovoyageur italien qui nous parle de coronavirus. Nous tombons des nues. Nous sommes le 11 mars. Jusqu’ici nous voyageons très peu connectés et très loin des nouvelles du monde. Alessandro nous raconte que ses parents sont confinés dans le nord de l’Italie, que les services de santé sont débordés par le trop grand nombre de malades et que les soignants doivent choisir quel patient sauver. La situation nous paraît complètement folle.

Camping au bord du río Pichi Traful.

En même temps, on se dit que notre mode de vie, loin des villes, loin des regroupements de population, dans la nature, en vélo et camping sauvage dans les grands espaces de Patagonie nous protège de ce virus. Nous pensons alors que nous sommes très bien là où nous sommes.

Río Pichi Traful.

Nous roulons donc sur la fameuse « ruta de los siete lagos », qui monte et descend au rythme des montagnes et des vallées environnantes tout en longeant sept lacs. Les paysages d’eau et de verdure nous changent des derniers huit mois où nous traversions des déserts et terres arides. Cela nous fait même un peu penser à l’Europe.

Lac Correntoso.
C’est la fin de l’été, il y a des guêpes partout.
Mika tente de les apprivoiser.

La route est réputée. Nous croisons d’autres cyclovoyageurs du Canada et de France qui nous donnent des nouvelles de la situation, notamment la suspension des vols vers l’Europe et la fermeture des écoles en France et en Allemagne.

Lac Espejo.
Dernière baignade dans le lac Espejo avant la fermeture des parcs nationaux du pays.

En trois jours, la panique coronavirus s’installe en Argentine. Nous sommes priés d’évacuer le parc national dans lequel nous avons campé et où nous profitions du lac, le pays venant d’ordonner la fermeture de tous ses parcs nationaux en ce dimanche 15 mars.

Des rumeurs circulent quant à la fermeture des frontières. Or nous avons réservé un bateau au Chili pour couper la route et nous emmener de Puerto Montt jusqu’à Puerto Natales à l’extrême sud de la Patagonie chilienne. On se presse de passer la frontière. Nous dépassons la douane argentine mais leurs collègues chiliens se trouvant de l’autre côté du col, il nous est impossible d’y arriver avant la fermeture des bureaux. Nous dormons donc entre les deux frontières malgré l’interdiction.

Fin de notre aventure américaine

Notre dernier col des Andes, le Paso Samore situé à 1 321 mètres d’altitude.
Bienvenu au Chili.

Le 16 mars, nous traversons le poste frontière chilien sans soucis. Nous roulons jusqu’au village de Entre Lagos, qui, comme son nom l’indique, est situé entre deux lacs, à une centaine de kilomètres de Puerto Montt. Nous ne sommes alors pas conscients que cette grosse journée de vélo sera notre dernière sur le continent.

Côté Chili, la forêt ne s’est toujours pas remise de la dernière erruption volcanique.

La panique du corona gagne l’Amérique. Le lendemain, la frontière entre l’Argentine et le Chili est fermée. Notre bateau est annulé. Un couvre feu est instauré. En à peine six jours, nous basculons dans une toute autre réalité. Au soulagement de vivre une vie saine, nous commençons à nous inquiéter pour nos proches et nos familles en Europe. Vivant loin d’eux depuis bientôt trois ans, sans possibilité de retour avant des mois avec l’arrêt du trafic aérien, il nous faut prendre une décision rapidement tant que nous sommes encore libres de circuler.

Stoppés à Entre Lagos, entre les lacs.

L’heure du choix

Daniel aimerait rester en attendant que la situation s’améliore. Moi, je suis prise d’angoisse de ne pouvoir revenir en France en cas d’urgence. Nous sommes capables de traverser plusieurs fois les Andes et parcourir les Amériques du nord au sud mais pas encore de traverser l’océan quand le trafic aérien aura cessé.

Il y a un trampoline dans le jardin de la cabane que nous louons, les enfants sont heureux, comme d’habitude.

De plus, l’automne débute dans cette partie australe du Chili au climat froid et humide. Soit nous avons la pluie, soit nous avons le brouillard. Impossible d’attendre la fin de l’hiver en vivant sous la tente et les locations de cabane ou d’appartement sont hors de prix.

En attendant, on profite d’avoir un four et une cuisine pour faire des gâteaux aux pommes avec la récolte du jardin.

La situation s’emballe, tout va très vite. Comme un étau qui se referme, les mesures sont de plus en plus restrictives. On a la sensation que bientôt, on ne sera plus autorisé à bouger. Il faut choisir son camp.

Joyeux anniversaire maman.

Le 21 mars, alors que nous devions embarquer dans un bateau pour l’extrême sud, je passe mon anniversaire un peu stressée.

L’ambassade de France conseille à ses ressortissants de rentrer en Europe dès que possible à défaut de se retrouver bloqués pour une durée indéterminée. Nous sommes mis en contact avec une employée d’Air France qui organise note rapatriement à bord du dernier avion pour la France dans 5 jours. Problème, nous sommes à vélo et à plus de 1 500 kilomètres de Santiago. Les vols intérieurs sont annulés les uns après les autres, tout comme les bus.

A l’aéroport de Puerto Montt, les vols sont annulés et les rares maintenus sont complets

Finalement le 23 mars, nous rencontrons Vera, une backpackeuse suisse, laissée en plan côté chilien par son petit ami argentin, rentré au pays avec leur van et leur chien. Nous louons une voiture et roulons deux jours en direction de Santiago. Vera et Daniel se relaient au volant. Je suis incapable de conduire tellement je suis sous tension.

Tant que nous ne sommes pas arrivés à Santiago, rien n’est joué.
On croise les doigts.

Nous avons dû remplir en ligne un passeport sanitaire déclarant ne pas être malade, n’avoir aucun symptôme et n’ayant pas été en contact avec des personnes revenant de Chine ou d’Europe. L’ambassade allemande nous a fourni un sauf-conduit pour justifier notre déplacement. En route, les contrôles de températures nous donnent des sueurs froides. Ils sont effectués par des infirmiers entourés de militaires avec un thermomètre en forme de pistolet qu’on braque sur le front. Si la température est élevée, on ne passe pas. Tout le monde est contrôlé dans la voiture mais nous passons.

Contrôles militaires et sanitaires nous donnent des sueurs froides.

Le jeudi 26 mars 2020, nous décollons de Santiago. Notre dernier jour à vélo date du 16 mars à un moment où nous ne pensions pas du tout mettre un terme à notre aventure américaine à cette date-là et de cette si étrange manière …

Arrivée à l’aéroport de Santiago du Chili.
Un dernier pique-nique devant l’aéroport avec Vera.
On nous reproche que les vélos ne sont pas empaquetés aux normes, mais finalement, ça passe.
Dernière traversée des Andes.
En avion.

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