Le grand départ

Lorsque Marilyn and Simon, nos hôtes „warm showers“ (plateforme d’accueil, type coach surfing, pour ceux qui font des randos à vélo) nous accueillent à l’aéroport de Fairbanks en Alaska, nous sommes sur les rotules ! Mika dort dans mes bras, la couche pleine et Marla lutte contre le sommeil. Nous aussi.

On aura suivi la course du soleil. Partis à midi de Berlin et arrivés à minuit à Fairbanks, avec 10 h de décalage horaire, nous n’avons pas vu la nuit mais un ciel bleu et des paysages de neige et de glace incroyables depuis le hublot de l’avion. Car après avoir quitté l’Allemagne et survolé l’Islande, nous avons continué vers le Grand Nord au dessus du Groenland puis de l’Arctique.

Vue sur le Groenland depuis le hublot de l’avion.

Comme on avait une connexion à Anchorage (à 600 km au sud de Fairbanks), on a également pu admirer le Denali (anciennement Mont Mac Kinley, qui culmine à plus de 6 000 mètres d’altitude). On n’a donc pas regretté notre nuit blanche. Mais avec plus de 21 h de trajet en tout, plus les contrôles des cartons à vélos, du chariot, du passage en douane, à tout trimbaler, enfants compris, on était très content de découvrir que les américains d’Alaska sont ultra sympas et super serviables. On a toujours rencontré quelqu’un pour nous aider avec tout notre chargement.

Transit à Anchorage. Mika ne s’est endormi que sur la fin du vol Franckfurt-Anchorage.

Et c’est avec une joie énorme qu’on s’installe dans le camping car de Marilyn and Simon. On s’entend tellement bien avec eux, qu’on reste une semaine complète au lieu des 3 jours prévus initialement. Et ce n’est pas de trop pour récupérer du voyage, de sa préparation intense des 4 derniers mois, de l’organisation de notre fête de départ en plein air à Berlin, du décalage horaire, du déballage des vélos et des sacs.

Les vélos et le chariot sont encore dans les cartons.

Et bien sûr, faire les courses et préparer le voyage à venir. On passe des heures dans les magasins, à courir après les enfants, à trouver les bons produits, à réfléchir au nombre de sacs et boîtes à nourriture „anti-ours“ à emmener…

Provisions pour un maximum de temps car une fois sortie de Fairbanks, il n’y aura plus que des stations service pour se ravitailler.

Marilyn and Simon sont adorables et le temps est au beau fixe. On profite d’avoir une vrai cuisine et un four pour cuisiner tout ce qu’on n’aura plus la chance de manger pour quelques temps, tout en régalant nos hôtes : quiches en tout genre, tartes aux fruits, salades de patates, etc.

Simon, Marilyn et nous dans leur salon.

Mais c’est sous la pluie qu’on attaque notre premier jour de route le 22 mai ! Avec 15 kg de nourriture en plus de l’équipement, le vélo pèse plus lourd que moi et je ne me sens pas très à l’aise les premiers mètres. Je n’arrive même pas à lâcher une main pour faire un dernier signe d’au revoir à Marilyn and Simon. Je me dis déjà que je ne vais pas y arriver. Mais en fait avec un peu de vitesse, je trouve mon équilibre et c’est parti ! Daniel et les enfants devant, on attaque la sortie de Fairbanks sur la Parks Highway, direction le Parc national du Denali à 200 km de là. Et on commence par deux jours de montée intense ! Avec une première nuit pas très rassurée sur une sorte de parking improvisé, pleine de carcasses de caribous et de vieilles voitures rouillées criblées de balles !

Voiture criblée de balles sur le parking où nous campons pour notre première nuit.

Mais dans la famille, il n’y a que moi qui tique un peu. Les petits et Daniel sont ravis d’être enfin sur la route, de poser la tente, etc. et leur joie est contagieuse 🙂 ! Voyager avec des enfants, cela demande beaucoup de travail, de patience et d’organisation, mais c’est juste incroyable comme ils peuvent mettre de la joie et redonner de la motivation dans des endroits ou à des moments où l’on doute.

“Spielplatz” à côté de la maison de Marilyn and Simon, à Fairbanks.

Alors voilà, les débuts de notre grand voyage. Après des années à attendre que le changement vienne des politiques, à s’engager dans des associations bénévolement ou rémunérée pour tenter de faire bouger les choses, le temps est venu de tenter autre chose. Puisque le changement ne viendra pas d’en haut ni tout seul, il s’agit de changer nous-même de vie, de vivre simplement pour que simplement les autres puissent vivre, comme dit Gandhi, de se reconnecter avec la nature, le tout avec la même philosophie de vie qu’on a eu jusqu’à présent : profiter de l’instant présent, prendre le temps de prendre le temps, s’arrêter, penser, rêver, vivre, partager mais aussi voir les enfants grandir, être présent ! Mais entre ces idées et la réalité, il y a un pas ! C’est tout le propre du voyage, des doutes et des idées reçues disparaissent, pendant que de nouvelles questions se posent.

Quitter le „confort“ de la vie „moderne occidentale ne demande pas trop d’efforts si on reste en milieu tempéré. On se passe très bien de la douche si on a accès à l’eau (une rivière, un lac, un étang, etc.). Mais en étant itinérant, on ne peut pas tout à fait sortir du système marchand. On ne peut pas cultiver son jardin et n’étant pas (encore) chasseurs- pêcheurs -cueilleurs, on dépend des „grocery store“ (magasins) ou stations service qui vendent des pâtes, des flocons d’avoine, des soupes lyophilisées et si on a de la chance des bananes, voire même des pommes ou des oranges, pour se ravitailler.

Bar à Nenana, la seule „ville” entre Fairbanks et le parc national du Denali.

Mais cela aide tout de même à la réflexion puisqu’en Alaska, plus on s’éloigne des villes, plus on „manque“ de nourriture. Cela met en relief l’incroyable, l’impensable diversité qu’il peut y avoir dans les supermarchés d’Europe ! Un choix hallucinant dont on ne se rend même plus compte et qui fait oublier combien cela demande de temps et de ressources pour arriver à ce résultat. J’aimerais à terme arriver à vivre de manière autonome mais des produits comme l’huile, la farine ou le beurre, essentiels dans notre alimentation, sont extrêmement durs à produire, en terme de temps et de quantité de récolte à avoir. Bref, en chemin à vélo dans la nature, on prend la mesure de tout cela et on se demande combien de temps encore l’illusion de l’abondance fera oublier à l’Homme occidental qu’il puise sur des réserves qui seront bientôt à bout ? Qu’il a touché du doigt et pour quelque temps le rêve de toute l’histoire de l’humanité de ne jamais manquer de nourriture, de l’avoir diversifiée en quantité et en qualité, mais l’a oublié, on le néglige et on le gaspille. Sans parler de l’excès obscène qui fait que certains ont trop et se gavent à en devenir malades alors que d’autres n’ont rien ou si peu et n’ont même pas idée de cet écart indécent.

Alors oui, itinérants, nous dépendons encore de l’argent et des commerces pour nous approvisionner en nourriture, même si on reçoit beaucoup. C’est incroyable la générosité de certaines personnes rencontrées qui nous offrent fruits, légumes, chocolat, poissons, viandes séchées, etc.

Ron nous offre de l’eau, puis sa femme des “donuts” faits maison. 2 jours plus tard, croisé par hasard, il nous invite à son barbecue après nous avoir fait camper dans le jardin de son beau-frère.

On attend donc impatiemment le temps des myrtilles 🙂 ! Il y a des pieds partout, comme en Suède. D’ici la fin juillet, nous pourrons nous régaler en ne comptant que sur nos petites mains pour récolter !

La famille enfin en route.

Eine Antwort auf „Le grand départ“

  1. Bravo que ce voyage, magnifique et exigent, vous apporte beaucoup de joie. Les enfants n’oublieront jamais une telle expérience de la vie !
    Cécile, une amie de Françoise Meha (Riom Fr.) qui m’a fait découvrir votre site.
    Bon courage!

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