Le parc national du Denali

Petit déjeuner avec le Denali derrière nous.

Jusqu’à présent, c’est la route que j’ai préférée, celle qui traverse le parc national du Denali depuis l’entrée et le camping de Riley Creek jusqu’au Wonder Lake, le lac merveilleux. 150 kilomètres avec 5 cols de plus de 1 200 m d’altitude à passer et du goudron sur les 30 premiers kilomètres uniquement. Fermée l’hiver jusqu’à mi-juin, nous sommes arrivés lorsque les 70 derniers kilomètres de la route n’étaient pas encore ouvert à la circulation motorisée.

Vue sur les montagnes, la vallée et la route.

Le dénivelé, avec un départ à 483 m et le plus haut des 5 sommets, le Highway Pass, à 1 213 m, n’effrayait que moi, surtout chargé comme on l’était, avec 10 jours de nourriture à transporter.

Préparation des provisions pour 10 jours.

Mais le jeu en valait la chandelle. Quelle aventure ! C’était juste extraordinaire, de passer les cols et à chaque sommet s’émerveiller sur la vue magique. Des paysages façonnés par les glaciers qui avancent et reculent et créent de grandes vallées de pierre et de rivières, toutes différentes. Des paysages de Taïga (forêt boréale) à basse altitude et de Toundra lorsque l’altitude fait que les arbres ne poussent plus. Avec la vue sur les cimes enneigées de montagnes qui touchent le ciel à plus de 6 000 mètres d’altitude, dont le Denali à 6 190 m … On en a eu plusieurs fois le souffle coupé.

Vue sur le Denali.

Mais tout cela se mérite. Il faut un peu forcer sur les jambes mais aussi obtenir au préalable le permis de camper/randonner dans le parc : le « backcountry permit », délivré par les „Rangers“ après une heure d’entretien avec eux et le visionnage d’un film. Cela ne met pas trop en confiance car on parle beaucoup des ours et notamment des Grizzlis.

Comment les éviter ? En faisant du bruit, en annonçant qu’on arrive pour ne pas les surprendre, en chantant, en parlant ou avec des clochettes accrochées au vélo comme on le fait.

Comment réagir si on en voit un de trop prés ? Ne pas courir, parler fort pour lui faire comprendre « je suis un humain, pas une proie », lever les bras, faire de grands gestes pour lui dire « attention, je suis gros et fort ».

Et s’il charge ? Faire le mort !

Bref, du coup, la plupart des gens sont un peu frileux et préfèrent la solution du tour en bus ou en camping car.

Je pensais que les « Rangers » allaient nous mettre en garde, d’autant qu’on serait les seuls sur la route après 60 km. Au contraire, ils étaient très enthousiastes : „ avec des enfant en plus, c’est super ! Et jusqu’au Wonderlake, c’est magnifique“. Ils m’ont rassuré sur les ours en me disant que leur plus gros soucis de sécurité dans le parc, ce sont les Orignaux (cousins américains des élans européens) qui n’hésitent pas à charger s’ils se sentent en danger. En cette période de mise à bat, les femelles peuvent être très agressives. Et même herbivore, à plus de 800 kg la bête, il ne vaut mieux pas risquer l’affrontement.

Maman Orignal et son petit.

En cas de face à face tendu avec un Orignal, la technique de survie paraît plus « simple » qu’avec les ours : courir en zigzaguant, si possible entre les arbres. Et effectivement ça marche, car plus loin sur la route, on a croisé deux cyclistes britanniques (Sarah Outen, qui a fait le tour du monde en 5 ans à vélo, en kayak et en aviron, et sa fiancée Lucy) qui venaient d’être chargées par une maman Orignal et nous ont raconté s’être payées une sacrée frayeur !

Les montagnes du Denali.

Les Rangers ont noté les endroits où l’on allait mettre la tente afin de dispatcher les randonneurs-campeurs et ne pas avoir trop de monde à un même endroit pour préserver le côté naturel et intact du parc. La vidéo d’ailleurs était aussi consacrée à :

Comment et où se laver les dents ? A 100 m de la tente au moins, pour ne pas attirer les ours et en crachant en petite pluie fine (façon cracheur de feu), pour que le dentifrice ai moins d’impact sur la végétation, ou encore :

Comment et où faire ses besoins ? Loin des rivières et des cours d’eau pour ne pas contaminer l’eau (que l’on boit d’ailleurs nous-même après l’avoir purifiée), en creusant un trou de 15 cm de profondeur au moins, en remettant bien le petit chapeau de terre-mousse-lichen du dessus comme c’était avant, tout en repartant avec le papier toilette utilisé, bien sûr.

“Dans un parc national, on peut faire caca dehors !”

 

Entonne Marla enchantée quand on lui demande ce qui lui plaît dans le parc du Denali, contente de ne plus avoir à utiliser les toilettes sèches très fréquentes en Alaska où l’accès à l’eau courante est le luxe des grandes villes, car elle a peur de « tomber dans le trou ».

Indices tout frais du passage d’un Grizzli.

“Il y a une règle pour les chauffeurs de bus au Denali: on ne roule pas sur les cacas d’ours ! Comme ça, les gens peuvent les admirer :)!”

dixit Mona, une chauffeure de bus du parc.

Autre règle à suivre pour les 60 premiers km de route ouverte au trafic : ne pas planter la tente à moins d’un kilomètre de la route et la mettre hors de vue pour que les touristes en bus puissent aussi apprécier le côté sauvage.

Permis de camper sauvage.

Nous sommes repartis de la « Ranger station », le bureau des « Rangers » avec 3 boîtes à nourriture anti-ours. Elles sont obligatoires pour notre sécurité et notre survie alimentaire (l’ours sent quelque chose mais n’arrive pas à attraper ni ouvrir la boîte donc il la laisse et s’en va) mais aussi pour celle des ours car s’ils découvrent qu’ils peuvent se nourrir en fouillant les sacs ou les poches des humains, ils deviennent potentiellement dangereux pour nous et sont abattus. Ce qui est un peu le comble du comble dans une zone naturelle protégée.

Plus grand que nature.

La première nuit en „backcountry“ (dans la nature), j’avoue avoir eu un peu peur des ours. Mais on n’a jamais eu d’incident. On les a vu, mais de loin. Et en fait, on n’est pas plus à l’abri dans les campings. Au début de la route, nous nous sommes arrêtés au camping de Savage River, et là, une famille de Floride (venue s’installer en Alaska, avec qui nous avons sympathisée et qui nous a offert des patates chaudes avec du beurre ! Hum !) nous a montré la photo du Grizzli qui venait juste de passer derrière notre campement après avoir fait un tour vers les toilettes et les tables de pique nique !

Maman Grizzli (au milieu) et ses deux petits.

La route est enchantée et la tente tous les jours posée dans des vallées tellement belles, avec presque chaque soir au soleil de minuit, un passage de troupeau de caribous qui passent devant nous, tranquillement.

Un caribou.

Et on a aussi eu la chance de croiser des Mouflons de Dall, des Lagopèdes des saules (qui ressemblent à des poules et poussent un cri très sympathique), des Spermophiles arctiques (qui ont un peu de l’écureuil et de la marmotte), des Orignaux avec leurs petits, des faucons, des Grizzlis dont une maman avec ses deux petits. Et cerise sur le gâteau : un loup ! Un grand et beau loup noir. Que demander de plus ?

Un loup fait son apparition.

On a pris notre temps. 10 jours en tout. Et c’est bien ce qu’il fallait pour vivre le parc, sentir, voir la nature, les animaux, … Cela fait exactement 100 ans cette année que le parc est devenu réserve naturelle protégée et cela se sent, la nature est restée sauvage et partout l’on regarde on découvre des animaux. Que la nature est débordante de vie quand l’humain ne s’y comporte que comme un contemplateur passif et pacifique …

Mouflons de Dall.

Des bus étaient donc autorisés à prendre une partie de la route. A la fin tous les chauffeurs nous connaissaient. Les touristes qu’ils transportaient nous regardaient avec stupéfaction et nous prenaient en photos comme s’ils photographiaient des Caribous ou des Grizzlis 🙂 !

Bus du parc national.

Les petits faisaient coucou et ça rendait les gens heureux, nous disait une chauffeur de bus : “you make people happy“. Ils devaient raconter aux touristes “Peut-être qu’aujourd’hui, vous aurez la chance de croiser des Grizzlis, des Caribous voire même une famille à vélo” . En tout cas, certains nous ont offert du chocolat, des oranges, des pistaches et des cookies maison. On était aux anges de les recevoir car on avait calculé trop juste niveau nourriture. Les petits ont toujours faim et nous aussi qui pédalons !

Vu magique sur le sommet du Denali au coucher de soleil vers 23h.

Ce fut donc de belles rencontres humaines, animalières et paysagères avec un temps qui nous a ménagé car deux jours avant notre arrivée, il faisait autour de 0°C avec des rafales de vent et il neigeait sur les cols. Pour nous, cela tournait entre 5°C au plus froid la nuit et jusqu’à 23°C le jour au soleil. Idéal. Jusqu’ici Mère Nature nous a toujours offert quelque chose (une rencontre avec un animal ou un paysage ou un rayon de soleil) aux moments où on se dit que c’est un peu dur ou qu’on rêve d’un bon bœuf bourguignon, d’une belle part de tarte tatin ou encore d’un bon chocolat chaud avec crème chantilly !

Mika court après un Lagopède des saules.

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