Au pays des séquoias géants

Victoire. On maintient le cap même dans la tempête !

Après des semaines passées à pédaler sous la pluie ou à braver le vent en Oregon, la pancarte “Welcome to California” nous arrache le sourire. On se rapproche du sud. On se dit que bientôt, la météo devrait être plus clémente. Mais le jour où nous passons la “frontière” californienne, c’est Thangsgiving, le jour du remerciement, où l’on partage la dinde et un bon repas en rendant grâce à la Terre d’avoir permis de bonnes récoltes. C’est une fête très importante aux Etats-Unis. Tout est fermé et les rues sont désertes. Il tombe des cordes et l’image des intérieurs chauffés et accueillants à travers les fenêtres des maisons nous fait plus qu’envie.

Quand nous arrivons à Crescent City, qui marque le début des “Redwoods”, les forêts de séquoias géants, après 4 heures de vélo sous la pluie, nous sommes littéralement trempés jusqu’aux os et affamés. Heureusement, nous avons organisé un “warmshower”. Et c’est Mike qui nous ouvre les portes de … l’Eglise ! Oui, il existe une communauté de l’Eglise anglicane de Saint Paul à Crescent City au nord de la Californie qui est inscrite sur le site warmshower et accueille ainsi des centaines de cyclorandonneurs chaque années ! Parfois ils se retrouvent jusqu’à dix à occuper les locaux. Nous, à cette époque de l’année, nous sommes bien sûr les seuls. Mais à peine installés Mike nous dit : “Prenez une douche et quand vous êtes prêts, je viens vous chercher. Je vous emmène chez moi pour le dîner.” Nous sommes ravis.

Invités de nouveau chez Mike et Patricia pour finir les restes de Thanksgiving.

Ce Thanksgiving fut un moment mémorable. Un dîner délicieux, d’autant plus appréciable après des jours de vélo sans pause sous la pluie et des mois à manger nos éternelles pâtes. Mais surtout, avec des gens trés intéressants. Tous engagés, anti-Trump radicaux, pro-Bernie convaincus. L’un des invités (Mike et sa femme Patricia avait invité plusieurs amis, voisins et famille) a même été au Guatemala enquêter sur l’École des Amériques. Cette école étatsunienne qui enseignait aux militaires latino-américains les méthodes de contre-insurrection, entendez : la torture, la disparition forcée, etc. Ce qui place notre compagnon de table dans la haute dissidence ! On se sent super à l’aise et on parle politique avec nos opinions clairement affichées pour la première fois depuis le début de notre voyage. Décidément, les Etats-Unis n’ont pas fini de nous surprendre. Moi surtout, à la culture trés anti-cléricale, je ne m’attendais pas à trouver un bastion de résistance, d’humanité, tendance front de gauche au sein d’une Église, étatsunienne qui plus est !

Les derniers temps n’ayant pas été faciles, les vélos nécessitant quelques arrangements (nouveaux freins, nouvelles chaînes, etc.), nous restons cinq jours. Le temps de reprendre des forces et de découvrir la ville à l’atmosphère très particulière. Tout le monde est en voiture. Les seules personnes qui marchent dans les rues sont les sans-abris, les junkies et nous, quand on se rend aux courses en marchant avec le chariot en mode poussette. L’ambiance est morose. Cela peut tenir du climat, pluvieux à longueur d’année, mais d’autres nous expliquent que cela tient aussi au fait que la ville est peuplée des familles des prisonniers, détenus dans la prison de haute sécurité de Pelican Bay. Nous, on gardera une image positive de la ville, grâce à notre rencontre avec Mike, sa femme et leur communauté qui tentent d’aider du mieux qu’ils peuvent ceux qui ont besoin d’aide. Ainsi par exemple de Matt, un jeune SDF avec un seul bras, qui vient régulièrement prendre sa douche dans le bâtiment de l’Église où nous sommes hébergés, récupérer des affaires et se nourrir.

Bref, nous repartons, confiant dans l’humanité. La route n’est pas facile, en raison du dénivelé mais surtout des voitures qui ne se préoccupent pas du tout de nous. Mais le paysage est magnifique. Nous traversons le parc national des “Redwoods”, des forêts de séquoias centenaires et parfois même millénaires et dont certains dépassent les 100 mètres de haut. Et c’est avec grande joie que nous bifurquons sur “l’Avenue des géants”, qui suit la route 101, en traversant des endroits majestueux bordés des grands arbres.

Toute riquiqui au milieu des arbres qui bordent la fameuse Avenue des géants.
On campe à côté des Wapitis.
Même quand il ne pleut pas, le soleil a du mal à percer la brume.
Un passe-temps très américain: le “Drive Thru” (“passage en voiture”). Ici, le “Drive Thru Tree” 🙂
A 239 miles (390 km) de San Francisco par les grands axes, cela donne quelques 500 km pour nous à parcourir en moins de 12 jours pour être au rendez-vous familial. Il faut qu’on accélère notre rythme de tortue.

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