Le Salvador en Express

« Beaucoup souhaiterait que le pauvre dise toujours que « c’est la volonté de Dieu » de vivre pauvre. Mais ce n’est pas la volonté de Dieu que certains aient tout et d’autres n’aient rien. » Monseigneur Romero, assassiné au début de la guerre civile pour s’être rangé du côté des plus démunis.

Le sommet que nous avons gravi depuis le Honduras, fait office de frontière avec le Salvador. Autant la montée fut presque douce sur une piste de terre battue, fraîchement refaite, autant la descente ne sera pas évidente. La route est pleine de cailloux qui roulent au milieu d’énormes et nombreux nids de poule formant comme des rigoles creusées par les écoulements des eaux tropicales à la saison des pluies. Avec plus de 15 % d’inclination, des crampes aux mains à force de freiner en continue, je finis par me résoudre à pousser mon vélo à plusieurs reprises, bien qu’en pente descendante. Presque un pêché dans le monde du cyclisme.

Vue depuis le sommet qui fait frontière avec le Honduras.

Nous passons à côté de Perquin, haut lieu de la résistance contre la dictature militaire lors de la guerre civile (1979-1992). Nous n’y ferons pourtant pas d’arrêt, ayant déjà visité son musée de la Révolution, guidé par un ancien révolutionnaire, en 2012.

De retour dans les terres chaudes, on cherche à se rafraîchir par tous les moyens.

Notre traversée du Salvador est des plus rapides. A peine 3 jours de vélo. Normal, nous descendons des montagnes et nous dirigeons vers la mer. Nous avons tout de même le plaisir de goûter à la chaleur et la bienveillance des salvadoriens. Pas une seule fois nous nous sentirons menacés et surtout, la majeur partie des routes que nous suivrons comprennent toujours une bande d’arrêt d’urgence où nous pédalons en toute sécurité.

Vue sur le volcan San Miguel, derriére un champ de maïs.

Arrivés sur la côte Pacifique, au bord du golfe de Fonseca, énorme entrée de mer bordée du Salvador au nord-ouest, du Honduras à l’est, et du Nicaragua au sud, nous cherchons un bateau qui puisse nous emmener directement au Nicaragua. Cela nous évite ainsi de devoir suivre l’autoroute Interaméricaine passant par le Honduras. Nous loupons une première embarcation et passons donc deux nuits dans la caserne des pompiers de La Unión.

Excellent terrain de jeu et de découverte: la caserne des pompiers.

Nous discutons politique avec Carlos, le pompier qui nous accueille. Il a entendu parlé du mouvement des Gilets Jaunes en France, admiratif du fait que lorsque les français sont mécontents, ils manifestent. Les élections présidentielles salvadoriennes vont bientôt avoir lieu. Un candidat “ni de droite, ni de gauche”, Nayib Yukele, d’origine libanaise, a des chances de gagner [le 3 février 2019, il est effectivement élu]. On lui dit de se méfier. Un certain Macron s’en était lui aussi revendiqué.

Camping dans la caserne des pompiers de La Unión.

Le Salvador est le plus petit pays d’Amérique centrale et pourtant 20 % de ses ressortissants vivent à l’étranger. Comme dans toute l’Amérique centrale, ils souffrent de la violence des gangs. Depuis 2001, ils ont perdu l’usage de leur monnaie, le dollars américain s’est imposé, ce qui fait monter les prix et empêche les salvadoriens de décider de leur politique économique.

Avec Carlos, nous aurons même droit à un tour en camion de pompier pour aller chercher les fameuses “pupusas” (tortillas frites fourrées de fromage et servies avec une salade de choux et de la sauce picante), typiques du Salvador

Le Salvador est victime des même maux que dans les Etats voisins, l’impunité régnante alimentant la violence. En 12 ans de conflit opposant le FMLN, Front Farabundo Martí de Libération Nationale au régime, on compte 80 000 morts, dont 85% dûs aux escadrons de la mort pro-gouvernementaux et à l’armée salvadorienne. Aujourd’hui ce sont les gangs qui sèment la terreur notamment dans la capitale (sur ce thème, voir le documentaire de Christian Poveda, “La vida loca”).

Vue sur le port de La Unión.

Alors que Monseigneur Romero, évêque martyre de San Salvador, vient d’être sanctifié à Rome le 14 octobre 2018, 38 ans après son assassinat en pleine messe, le 23 mars 1980, le meurtre est toujours impuni. La veille de son élimination, il avait demandé aux soldats de désobéir et de ne pas tirer sur leurs frères : « Je voudrais lancer un appel, de manière spéciale, aux hommes de l’armée. Et concrètement, à la base de la Garde Nationale, de la police et des casernes… Frères, ils sont de notre propre peuple. Vous tuez vos propres frères paysans. Et devant un ordre de tuer donné par un homme, doit prévaloir la loi de Dieu qui dit « Ne pas tuer ». Aucun soldat n’est obligé d’obéir à un ordre contre la Loi de Dieu. Une loi immorale, personne ne doit l’appliquer. Il est temps que vous repreniez conscience et que vous obéissiez à votre conscience avant l’ordre du pêché. L’Église, défenseure des droits de Dieu, de la Loi de Dieu, de la dignité humaine, de la personne, ne peut rester muette face à tant d’abomination. Au nom de Dieu, donc et au nom de ce peuple qui souffre, dont les lamentations montent jusqu’au ciel tous les jours plus tumultueux, je vous supplie, je vous en prie, je vous ordonne au nom de Dieu : cessez la répression ».

Pour les Salvadoriens, cela faisait longtemps déjà qu’Oscar Romero était considéré comme un Saint.

A l’embarquement sur notre canot qui nous fera traverser le golfe de Fonseca pour arriver à Potosí, au Nicaragua aprés 2h30 de traversée.

Au final, nous avons passé peu de temps dans le pays, mais nous attendrons 4 heures à la douane avant de recevoir notre autorisation de sortie. En effet, à notre entrée au Salvador, le douanier n’avait pas tenu compte de notre renouvellement de droits de séjour dans la zone C4 (Guatemala, Honduras, Salvador, Nicaragua). On nous demandait donc de nous acquitter d’une amende pour séjour illégalement prolongé. Suite à de la diplomatie et beaucoup de patience, nous sommes libres de partir sans payer.

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