L’Amazonie équatorienne

Petite pause sur la route E 45 qui traverse la région amazonienne de l’Equateur.

Nous faisons notre entrée en territoire équatorien pile poile le jour où nous fêtons nos 2 ans de voyage à vélo, inscrivant le nom d’un douzième pays sur la liste des territoires traversés depuis notre départ d’Alaska, en mai 2017. Le compteur affiche plus de 15 000 km.

“Bienvenue en Equateur” après deux ans tout pile.

Au poste frontière, nous sommes les seuls, avec un backpacker, à ne pas fuir le Vénézuela. En effet, nous nous retrouvons au milieu de dizaines de réfugiés vénézuéliens qui ont décidé de rejoindre l’Equateur pour y rester ou rejoindre le Pérou.

Accueil des réfugiés vénézuéliens par l’Unicef et La Croix Rouge Equatorienne.

Des tentes du Haut Commissariat aux réfugiés de l’ONU (UNHCR) et de la Croix Rouge accueillent les nouveaux venus. Les organisations non gouvernementale proposent des douches, de l’eau potable et des prises pour recharger les téléphones. Un petit sac à dos accompagne l’arrivée de chaque famille avec petits enfants.

Mural “Portrait amazonien” à la Joya de los Sachas.

Les colombiens nous avaient dit: “l’Equateur c’est très joli mais les gens sont beaucoup moins chaleureux que nous.” Mais en fait, nous sommes très bien reçus par les équatoriens qui se révèlent très accueillants. On nous salue en klaxonnant gentiment. On nous offre à manger et notre première famille d’accueil d’Equateur est aux petits soins avec nous.

Walter nous apprend quelques recettes équatoriennes. En échange, nous préparons un repas français (quiche et crêpes) et un repas allemand (salade de patates).

Walter, sa femme María et leur fils de 2 ans, Frank nous concoctent un sacré programme à La joya de los Sachas. Nous qui pensions nous reposer et dormir pour récupérer de la chaleur, ce fut loupé. Nous sommes réveillés en fanfare à 7 heure du matin pour partir à vélo rendre visite au frère de Walter pour voir son musée privé, se balader dans leur propriété pour ensuite prendre part à une partie de football en plein cagnard, suivie d’une baignade dans la rivière et d’un barbecue en soirée. Il nous organise même une interview avec la chaîne locale “Coca Visión”. Une bonne entrée en matière pour contredire les colombiens.

Interview avec la télé locale à La Joya de los Sachas.

Le nord de l’Amazonie équatorienne est, comme la partie sud colombienne, une région pétrolière, ce qui signifie déforestation, surpopulation masculine en raison du grand nombre de travailleurs hommes, et profusion de bars, lieux de prostitution et motels. Une ambiance très particulière.

Il y a des puits de pétrole partout, même sur le terrain de Walter et sa famille.

A la télévision nationale, au journal, le nom de l’ancien président socialiste de 2007 à 2017, Rafael Correa est sans cesse martelé en compagnie du mot “corruption”. Il est continuellement fait mention des poursuites judiciaires qui le touchent lui et les membres de son équipe. Même sans savoir grand chose de la politique intérieur, il n’est pas difficile de comprendre qu’il s’agit d’une véritable campagne de dénigrement. Les sujets qui suivent ensuite sont des reportages favorables aux entreprises minières et pétrolières, grands enjeux qui concernent et menacent directement la région amazonnienne.

Daniel câline l’un des plus grands arbres de la forêt.

Rafael Correa était très populaire. Aucun président n’avait soulevé autant d’enthousiasme que lui auparavent. En 2017, il se retire de la présidence. C’est son ancien vice-président, Lenín Moreno qui devient président. Celui-ci opère un virage à droite et mène une politique libérale. Il trahit Correa en l’accusant de corruption et lui collant Interpole aux fesses. Correa se réfugie alors en Belgique où il a demandé l’asile. Depuis, le mandat d’arrêt international à son encontre a été levé mais en Equateur, les médias principaux et la nouvelle classe politique cherchent à détricoter tout ce qu’il a pu mettre en place en lui jetant le discrédit.

Cueillette des raisins de la forêt.

Pour moi, Rafael Correa faisait partie des espoirs en Amérique latine pour contrer les politiques néolibérales en s’attaquant aux problèmes des inégalités, des discriminations et du pillage des ressources naturelles. Mais sur notre route, lorsque nous demandions leur opinion aux gens que nous rencontrions, investis dans des projets sociaux et/ou écologiques, Correa était loin de faire l’unanimité. Il est critiqué pour avoir réprimé dans le sang des manifestations des communautés indigènes. Pour avoir cédé des droits d’exploitation de l’Amazonie à la Chine. Pour avoir proposé des subventions aux projets de développement agricole écologiques mais avec du personnel étranger ou déconnectés des réalités locales en décideurs de la répartition des fonds.

Pique-nique au milieu de la rivière.

Et dans les familles où nous étions reçus, on remarquait les cuisinières électriques et à induction, venant de Chine. On nous a donc expliqué que chaque foyer a reçu une aide financière pour s’équiper. Le problème étant que la cuisinière nécessite des poêles et des casseroles spéciales qui coûtent cher. Beaucoup se sont donc équipés de ces cuisinières mais ne les utilisent pas, faute d’ustensiles adéquates. Elles servent de placards et plan de travail. Pour ceux qui s’en servent, lorsqu’elles tombent en panne, les frais de réparation reviennent tellement chers, qu’ils retournent à l’ancienne gazinière, d’autant plus que le gaz ne coûte presque rien.

Cascade de Hollín.

Lorsque nous prenons de la hauteur, on retrouve un milieu un peu plus naturel. On trouve un très bel endroit pour camper, au bord de la rivière, avec vue sur le volcan Sumaco, entouré de cascades. On a quelques réparations à faire sur nos vélos et je suis un peu malade de l’estomac.

Vue imprenable sur le volcan Sumaco (3 732 m).

On décide donc de s’y reposer quelques jours, notre moustiquaire posée à l’étage d’une cabane de bambou et toit de palme. Nous sommes là lorsqu’a lieu un tremblement de terre de force 8 sur l’échelle de Richter, dont l’épicentre est au nord du Pérou mais qui est ressenti également dans tout l’Equateur. On se réveille ce dimanche 26 mai à 2h40 du matin comme si nous étions balancés par les flots. C’est la première fois que je sens la terre bouger à ce point. 127 secondes comme si nous surfions sur des vagues. Nous mettrons un peu de temps à réaliser ce qu’il s’est passé. Et après quelques minutes à se demander s’il faut évacuer, nous retombons dans le sommeil

Notre camping à l’étage qui nous a permi de bien sentir les secousses du tremblement de terre.

Il fait très chaud, mais la pluie rafraîchie régulièrement l’atmosphère. Les enfants retrouvent leur terrain de jeu favori: la gadoue.

Prêts pour jouer …
… sous la pluie équatoriale.
En attendant l’acalmie…
… on se fait des copains dans les communautés Shuars.

On retrouve les singes “chichicos”, les toucans, les perroquets, les hiboux (“gran putu”) et bien sûr tout un monde d’insectes énormes (araignées, blattes, grillons, etc.). La vie pulule, la nuit est pleine de chants, on adore ça.

Super tenue de camouflage du phasme déguisé en brindille.

On apprend à cuisiner le “Maito”, une spécialité amazonnienne, faite de poisson enveloppé dans une feuille de “bijao” et cuit sur les braises. On boit des infusions de “Guayusa”, une herbe aux multiples propriétés, énergisante et anti-oxidante, une boisson que les communautés autochtones consomment depuis des millénaires.

Préparation du “Maito” de Tilapia.
Le “Maito” servi avec manioc, oignons, tomates et citron.
Un plan de Coca sauvage.

Comme dans le sud de la Colombie, on retrouve énormément de fermes piscicoles où l’on élève des Tilapias, une espèce de poisson non-amazonienne trés appréciée car avec peu d’arêtes. Nous demanderons la permission de camper à côté d’un restaurant qui s’avèrera un projet de pisciculture bio. Ici, à l’inverse des autres fermes qui nourrissent leurs poissons aux granules et antibiotics, les poissons mangent les feuilles des plantes locales et les bassins sont pensés pour utiliser un minimum d’eau.

Hector et sa famille nous laisse camper dans leur ferme piscicole.

Il fait chaud et lorsqu’il faut monter, je m’épuise rapidement. Mon mal de ventre est toujours là. Heureusement, nous sommes toujours très bien acceuillis partout où nous demandons. Que ce soit par le tout jeune pasteur d’un petit village, attendant de Dieu de recevoir sa future femme, que par Andy dont j’ai connu la soeur il y a 11 ans en Espagne, ou une petite mamie de la cascade de Hollín qui nous reçoit dans son petit bout de paradis dans la forêt équatoriale avec ses centaines d’oiseaux (colibris, perroquets, toucans, etc.).

On passe une très bonne nuit à la cascade de Hollín malgré la radio qui diffuse jusque très tard et à très haut volume des messages du prêtre catholique.
Chez Andy, le frère d’une copine espagnole de mon année Erasmus, il y a 11 ans.
A Usa Yaku, dans un projet communautaire Kichua.

Au fil de notre route nous arrivons à Macas, là où nos ami.e.s de la Happy Family nous ont vivement recommandé de passer. Nous ne savons alors pas encore que nous parcourons nos derniers kilomètres à vélo en Equateur. En effet, attaquée par un chien, la morsure me laissera 6 semaines dans l’impossibilité de rouler…

Eine Antwort auf „L’Amazonie équatorienne“

  1. Bonsoir petite famille ! nous espérons que tout va bien depuis le mois de juin car je ne vois pas de nouvelles. Je crois comprendre que la blessure de ta jambe est guérie ; Les enfants sont toujours aussi beaux !! vous leur faites beaucoup confiance, la traversée du pont, c’est quand même risquée !! Ici, ça va ; tant que la santé est bonne, tout va bien !! Hier, nous avons eu un très beau cadeau (en remerciement d’un déménagement, nous sommes allés voir André Rieu !! Tu dois connaître Marilyne mais je doute que tu aimes vraiment. Moi j’aime particulièrement ! Gros bisous H&G)

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