En route pour Zacatecas

En route pour Zacatecas, on passe une nouvelle fois le tropique du Cancer.

Nous quittons Durango remis par nos deux jours de repos bien mérité. On reste à présent sur le haut plateau. Il ne s’agit donc plus de monter ou descendre trop haut ou trop bas. On traverse des champs de pêches et des ranchs de vaches. Le soleil cogne, comme partout au Mexique où la canicule dure, battant des records de chaleur avec toujours 50°C dans certains Etats. Nous sommes sur le plateau semi-désertique de la Mesa Central entre les Etats de Durango et de Zacatecas.

Nous passons une nuit dans une ancienne Hacienda pleine de charme.

Jusqu’à Río Florido, la route n’est pas très fréquentée mais il y a des villages et des champs partout le long de notre chemin. Nous ne ferons donc pas de camping sauvage sur cette portion de route là. La première nuit, nous trouvons une ancienne hacienda reconvertie en hôtel. Pas vraiment bon marché mais vrai petit havre de paix. Le lendemain, c’est Doña Angela qui nous ouvre le portail de son jardin et nous permet de camper. Ses voisins à cheval avec leur bébé ne tarde pas à arriver pour profiter de la fraîcheur qu’offre la verdure et partager une énorme pastèque.

Camping dans le jardin de Doña Angela, un havre de paix et de semi-fraîcheur grâce aux nombreux arbres de son jardin.

En effet, beaucoup de mexicains vivent dans des maisons de béton aux toits de tolle ondulée dans lesquelles il est absolument impossible de dormir en temps de canicule. Lorsqu’on nous le proposera, nous refuserons toujours de dormir à l’intérieur, bien que dans un lit, pour poser notre tente moustiquaire dans le jardin où arrive au moins un petit vent qui donne comme un semblant de fraîcheur. Nous apprécions bien plus les pauses dans les maisons aux murs de bambou ou de terre séchée et toit en feuille de palme. Bien souvent elles se trouvent dans la campagne profonde donc en pleine nature avec multitudes d’arbres fruitiers et d’ombre.

Un paysan laboure son champ, aidé de ses deux ânes.

Mais ces habitations sont mal vues par la plupart des mexicains. Pour eux ce sont celles des pauvres, des paysans, des indigènes et donc loin de l’image du progrès et de la modernité qu’ils se font. Aidés bien sûr par les campagnes du gouvernement et des banques immobiliaires qui glorifient l’accés à la propriété et à la construction d’énormes zones résidentielles pour main d’oeuvre pas chère et nouvelle classe moyenne. Nous croiserons sur notre chemin nombre de ces quartiers en construction aux maisons de bloc de béton sans une once de verdure. Du pur béton sur des km2, dans un Mexique en grande parti au climat désertique ou semi-désertique, aux épisodes de canicule toujours plus longs et plus chauds. Cela nous semble complètement fou.

Camping gratuit aux sources chaudes d’Atotonilco.

Après quatre jours de vélo, nous arrivons aux bains chauds d’Atotonilco où l’on peut camper gratuitement. On y reste trois jours à profiter du luxe d’avoir la tente posée à côté d’un endroit où l’on peut se baigner à souhait. En repartant, les gens du coin nous mettent en garde sur le tronçon de route entre Río Florido et Fresnillo. Apparemment, l’endroit fait l’intersection entre plusieurs routes qui rejoignent des territoires rivaux de narcotrafiquants.

Culture des pêches sur la mesa central, le plateau semi-désertique du centre du Mexique.

On nous déconseille vivement Fresnillo où les narcos s’affrontent actuellement pour le contrôle de la zone. Prévenus, nous décidons de passer la nuit cinq kilomètres plus loin, dans la petite ville de Plateros, où se trouve le culte du « Santo Niño de Atocha ». Plateros était le troisième lieu de pélerinage au Mexique après la basilique de Guadalupe et la cathédrale de San Juan de los Lagos. Chaque année, plus de deux millions de pélerins viennent assister à la cérémonie qui consiste en une messe suivie d’une procession religieuse dans la ville.

Lorsque nous arrivons, l’endroit à des allures de ville fantôme. On sent toute la splendeur passée mais la plupart des inombrables boutiques de souvenirs et restaurants sont fermés. Plus tard, les gens nous expliqueront que les narcos étant entrés il y a peu en une guerre de territoire, le culte tant renommé est devenu presque complètement déserté.

Tacos de rue face à l’Église de Plateros.

Le lendemain, nous arrivons à Zacatecas après 67 km d’une route bien trop fréquentée à notre goût et dont les 10 derniers kilomètres qui mènent au centre de la ville font parti des pires vécus jusqu’à présent. La ville de Zacatecas se trouve nichée en hauteur, dans le creux de deux montagnes, qui représente l’unique voie de passage pour se rendre de l’autre côté de la vallée. Du coup, en plus de monter dur, on a le nez dans les pots d’échappements et on pédale stressé par tout le trafic ambiant de bus, voitures, camions, motos, etc.

Vue sur les toits de Zacatecas.

Aussi notre joie est grande quand, affamés, les yeux rougis et la gorge qui pique en raison de la pollution, Pancho, aux allures de Barack Obama, vient nous retrouver en vélo, grand sourire aux lèvres, nous trace le chemin jusque chez lui, nous laisse garer les vélos puis nous invite à manger. Il nous reçoit comme des rois et nous offre le toit de son immeuble pour dormir. Il fait tellement chaud, qu’on sort le lit de la petite chambre et dormons sous les étoiles. Pancho nous présente ses amis, Ernesto et Raymundo et nous sort en ville le soir. Cela nous change de notre vie de nomade à la campagne.

Vue sur une Eglise de Zacatecas depuis le toit de Pancho.

On discute politique et histoire, notamment de l’Allemagne. En effet, l’un d’eux est d’origine allemande. Son grand-père est venu d’Allemagne au Mexique. Or, comme en France, si l’un des parents est allemand, l’enfant est allemand (s’il en fait la demande). Il était donc dans tout un processus de reconnaissance de ses origines. Il lui a d’abord fallu prouver que son père était allemand, puisque son grand-père l’était. Puis il a dû apporter les preuves de son lignage grâce au fait que son paternel ai été reconnu allemand. Tout cela, afin de pouvoir passer la nationalité allemande à ses fils. En effet, depuis l’Europe on ne se rend pas forcément compte à quel point notre passeport est un sésame. Pour voyager, mais pas seulement. Pour étudier, pour travailler. Bref pour avoir accès à un maximum d’opportunités.

Raymundo et Pancho avec les petits aux anges dans cette maison pleine de chiens et de jouets.
En repartant, Pancho nous accompagne sur 20 km pour sortir de Zacatecas.

 

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