Guatemala nous (re)voilà !

Arrivée triomphante au Guatemala.

Le 28 août 2018, après avoir parcouru 11 238 km en 1 an, 3 mois et 12 jours, nous atteignons enfin la frontière du Guatemala, l’un des objectifs de notre voyage. Le point d’horizon qui guidait nos pas depuis notre départ d’Alaska en mai 2017.

Toussaint dans le village de Todos Santos Cuchumatàn, Guatemala.

On touche du doigt l’un de nos rêves, celui de revenir au Guatemala. Là où nous nous sommes rencontrés avec Daniel bien sûr. Mais pas seulement. Là aussi où nous avons tant appris. A côtoyer un peu du quotidien des communautés indigènes mayas, survivants et témoins des massacres qui ont eu lieu durant le conflit armé (1960-1996). A suivre les défenseur.e.s mayas des droits humains et de la Terre Mère en lutte contre l’exploitation d’une mine d’or à ciel ouvert. A prendre part aux activités organisées par les associations de clowns qui font briller de joies et de magies les yeux des enfants des quartiers rouges de la capitale. Et tant d’autres.

Vue magique sur le lac Atitlán.

Premier voyage en 2010 et 2011 avec, à la fin de notre engagement en tant qu’accompagnateur international, un voyage à vélo (le premier pour moi), d’un mois, de l’Ixcán au Petén pour finir par le Belize. Puis de revenir en 2012. Daniel pour ses recherches de mémoire sur la “Consulta comunitaria” (referendum de tradition indigène). Moi, en suivi d’une ancienne membre d’une “mara” (gang) au moment de la sortie d’un webdocumentaire.

Une belle mygalle à l’entrée de son nid.

On a connu le pays sous ses traits les plus durs : la violence (des gangs, contre les femmes, les indigènes, les leaders paysan.ne.s) et même le meurtre d’un ami, Victor dit “el Mono”, acrobate de la vie, rayon de soleil. Sans parler de l’extrême pauvreté, de la discrimination, et de l’impunité. Mais pour nous le Guatemala c’est aussi et surtout toutes ses graines porteuses d’espoir, ses B-Boys, ses artistes, ses acteurs du mouvement social et surtout ses actrices, des femmes qui luttent dans un monde patriarcal qu’elles soient paysanne, juge ou procureure, dignes, intègres et qui n’ont pas peur de défier le système tout en faisant face aux menaces et aux attaques. Et pour couronner le tout, des paysages de volcans à couper le souffle.

Sur le volcan Pacaya, toujours en activité, avec les enfants montés à cheval.

Alors bien sûr, avant de traverser le pays à vélo avec enfants, à la joie de revenir, se mêle un peu d’appréhension. D’autant que la traversée du Mexique nous a surprise par le sentiment d’insécurité régnant. Et pour nous, a priori, le Guatemala, comme le Honduras et le Salvador était encore un cran supérieur en terme d’insécurité.

Précédent tour en Amérique centrale, du Guatemala au Nicaragua en passant par le Salvador et le Nicaragua, en 2012, en voiture, achetée puis revendue pour l’occasion.

Pourtant, aprés 6 ans sans revenir au pays mais en en rêvant sans cesse, nous sommes loin d’être déçus. Au contraire, dès le passage de la frontière guatémaltèque, on est en joie de voir que les automobilistes nous accueillent en klaxonant presque systématiquement pour nous saluer chaleureusement et surtout, nous doublent en nous donnant de l’espace. Bien sûr, on ne généralise pas la situation. Nous entrons au pays par le Belize, une frontiére peu fréquentée au Nord-Est du pays, loin de l’altiplano occidental où les “camionetas” (“chicken bus” ou “school bus” en fin de vie aux Etats-Unis et qui retrouvent une spendleur, pleine de couleur et de musique au Guatemala) roulent comme des fous.

Près pour monter dans la “camioneta”, de la ville de Guatemala au lac Atitlán.

A quelques années d’écart et avec enfants, lorsque nous laisserons nos vélos pour retourner dans les montagnes de l’Ouest où nous avions travaillé, nous trouverons les trajets en “camioneta” toujours aussi folkloriques mais surtout bien moins sûrs qu’auparavant. Lorsque le bus est vide, on est balancé d’un côté à l’autre des banquettes glissantes, à chaque virage. Et les courbes ne manquent pas, pour monter à plus de 2000 mètres. Lorsque le bus est “vide” au regard de l'”ayudante” (assistant du chauffeur) qui répète: “hay lugar, bien, hay lugar” (il y a de la place, bien sûr qu’il y a de la place), nous sommes trois par banquettes (au lieu de deux), le troisième passager ayant donc une fesse en l’air dans le couloir, accolée à l’autre demi-fesse de son voisin du rang d’à côté. Ce qui rend déjà le bus plus que plein. Mais où viennent encore se greffer des gens debout tentant de se faire le plus mince possible, en se suspendant aux barres du toit alors que l’assistant tente de se glisser tant bien que mal dans les rangs pour encaisser le prix du trajet qui se fait une fois monté.

Au pied de l’Eglise de Chichicastenango, le jour de marché.

Parfois l’assistant est assez performant et nous fait de belles figures. Lorsqu’il rentre presque en volant à l’intérieur du bus, ou qu’il surgit par l’arrière, alors que celui-ci roule à toute allure, après avoir fini d’accrocher les sacs de maïs ou les paniers remplis de produits vendus ou à vendre au marché. Le folklore de la “camioneta” c’est aussi, les vendeurs de toutes sortes qui montent et descendent tout au long du trajet, des femmes au panier de fruits sur la tête, aux porteurs d’eau et boisson gazeuses, en passant par les vendeurs de remèdes miracles qui soignent aussi bien la toux que les champignons de pieds ou le mal de dos, photos à l’appui.

Sur le site archéologique de Yaxha.

Nous entrons donc à vélo par le Petén, le département le plus au Nord du Guatemala, dans les terres chaudes et humides encore recouvertes de forêts tropicales. Après 44 km parcourus en 4h37 sous un soleil de plomb, nous arrivons exténués sur le site archéologique de Yaxha. Les 10 km de pistes finales sont en très mauvais état et au relief valoné. Il me faut plusieurs fois pousser et nous mettons plus de 2h à les parcourir. C’est donc de nuit que nous arrivons au campement : des plateformes en bois surélevées et protégées d’un toit en feuille de palme, le top. Cela aide à oublier la fin de trajet très difficile pour arriver là. La forêt est en pleine effervescence, au son des cygales et autres animaux nocturnes. On aperçoit même un ocelot (sorte de mini-leopard de la taille d’un chat), mais pas encore de traces des crocodiles qui vivent nombreux dans la lagune. Le lendemain, on se réveille au son des singes hurleurs. Hormis les gardiens du parc, nous sommes seuls. Le site mêlant nature encore sauvage et pyramides mayas, très peu connu et donc trés peu fréquenté, est magnifique. Nous resterons deux nuits avant de repartir en direction de El Remate, au bord du lac Petén Itzá, juste avant la très touristique ville-île de Flores. C’est là que nous rejoignent Bandi, Paola et leur fils Mateo depuis l’Allemagne. Ils sont avec nous pour 4 semaines. Un mois de repos bien mérité pour nos gambettes et surtout, un mois où nous voyageons en bus avec l’ambition de faire découvrir et aimer comme nous l’aimons, ce pays à l’éternel printemps.

Sur le site de Tikkal.

Un mois plus tard, mission réussie. Nos amis repartent enchantés. Viens alors pour nous l’heure du choix. Nous souhaitions atteindre le Guatemala. Nous y sommes. Mais il nous reste encore un peu de temps et d’économie de côté. Marla est acceptée dans l’école de El Remate sans plus ni moins de fioriture. Nous rencontrons une professeure, nous lui demandons si les enfants peuvent venir à l’école. Mika est trop petit. Pour Marla c’est bon, elle peut commencer dès le lendemain, 9h. La bibliothèque du village, projet social d’une organisation étrangère, est un terrain de jeu pour les enfants et il y a même des ordinateurs, cela plus le lac à côté de notre bungalow avec le chants réguliers des singes hurleurs, nous serions tentés par une pause de quelques mois histoire de penser notre aventure et peut-être de renouer avec notre engagement avec les défenseur.e.s des droits humains et de la nature. Mais l’école va bientôt fermée ses portes. En Amérique centrale, les grandes vacances vont de novembre à janvier.

Premier jour d’école pour Marla.

Difficile de se poser et s’engager quelque part si les enfants n’ont pas leur activité à eux. Tant pis pour la grande pause. Mais la fatigue se faisant sentir, on tente de se faire plus léger. Nous vendons le vélo de Marla et démontons le FollowMe, avec nostalgie certes, mais conviction que la charge est trop importante pour moi. Nous préparons également un sac avec nos affaires d’hiver pour les remettre à Roland et Katerine un couple de français qui voyagent en voilier et passeront par le canal de Panamá où nous devrions les y retrouver. D’un coup, je perds 15 kilos de charge ! Nous arrivons même à envoyer notre tente (pour n’utiliser plus que la moustiquaire en ces terres tropicales) par le bias d’une copine de la capitale jusqu’à San José au Costa Rica.

Nous avions pensé passer par Cuba (que nous avions adoré lors de notre tour à vélo en 2011), mais nous décidons de continuer notre route sans devoir prendre l’avion.

Nous avons pensé passer par Cuba que nous avions adoré lors de notre tour à vélo en 2011, mais il est presqu’impossible d’y arriver en bateau. Nous décidons donc de continuer notre route sans devoir prendre l’avion au travers d’une Amérique centrale qui nous attire.

Pour en savoir plus sur le Guatemala, vous pouvez suivre le Collectif Guatemala / Acoguate, ou lire mes articles:

Impunité au Guatemala: deux pas en avant, un pas en arrière, Le Monde Diplomatique, 27 mai 2013: https://blog.mondediplo.net/2013-05-27-Impunite-au-Guatemala-deux-pas-en-avant-un-pas-en

La mano dura face aux revendications sociales, Mémoire des luttes, 4 juin 2013: http://www.medelu.org/Au-Guatemala-la-mano-dura-face-aux

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