Cartagène des Indes, ville aux milles couleurs

Un des nombreux Graff de la ville de Cartagène.

Déjà, notre premier contact avec la Colombie en général et Cartegène en particulier avait débuté par un réveil magique dans le port, après une traversée épique des Caraïbes en bateau. Premier contact à savourer les lueurs de l’aube et le soleil qui se lève sur les tours vitrées de ce qui semble un quartier d’affaire. On aperçoit un bout de vieille ville au loin, les mouettes volent et les bateaux-taxis commencent leur ronde. Cela faisait bien longtemps que nous ne nous étions pas retrouvés dans une grande ville.

Réveil magique dans le port de Cartagène.

Nous récupérons nos passeports à l’agence avec laquelle travaille Sebastián, notre capitaine. C’est la première frontière que nous traversons sans voir le nez d’un douanier. On nous tamponne la sortie du Panama et l’entrée en Colombie sans même nous avoir vu. Jusqu’ici rien à redire.

On récupère et charge les vélos et le chariot, une mission qui nous prend une bonne heure.

Après avoir chargé les vélos, le chariot et quitté la “marina”, nous faisons connaissance avec le trafic ultra-chaotique de la ville. Pour rouler à vélo, il faut avoir des yeux partout: devant, derrière mais aussi des deux côtés pour voir déboîter les scooters et motos qui arrivent de n’importe où, et au-dessous pour éviter les nids-de-poules. Malgré nos précautions, j’essuie mon premier “accident”. Pris dans les bouchons, la voiture de derrière me rentre dedans pensant peut-être que j’allais griller le feu rouge. J’ai perdu l’équilibre et n’ai pas pu retenir mon vélo surchargé. Le tout, sous les yeux d’un policier qui n’avait pas envi d’intervenir. Bref, rien de grave, juste une simple remise au jus: ici, c’est pas Copenhague, c’est celui qui a un moteur qui fait la loi, les cyclistes n’ont qu’à bien se tenir.

Nos deux amies vénézueliennes Oralia et sa fille Osiris.

Nous trouvons une auberge de jeunesse qui accepte les vélos et les enfants. Il y a aussi une cuisine, on pourra donc rester quelques jours pour se remettre de la traversée, car après avoir passé 5 jours en mer agitée, on a du mal à se réhabituer à la terre ferme où l’on a l’impression de tanguer. Il nous faudra aussi nettoyer les vélos qui ont souffert de l’eau de mer et accessoirement fêter mon anniversaire.

Cumpleaños feliz 🙂

Nous faisons la connaissance de nombreux.ses vénézuélien.ne.s avec qui nous nous lions d’amitié. Ils et elles sont nombreuses dans notre auberge. Chaque matin, nous nous retrouvons dans la cuisine à boire notre café et discuter de la vie des uns et des autres. “Ça y est la conférence est terminée?”, nous demande-t-on lorsqu’après le petit-déj chacun part vaquer à ses activités.

Les marchands de glace savent bien comment attirer les enfants.

Nous voilà plongés d’entrée dans une réalité de la Colombie actuelle: l’arrivée massif de réfugiés vénézuéliens. En effet, ils sont des millions à avoir quitté le Venezuela ces derniers mois, la majorité d’entre eux transite et/ou reste en Colombie. Certains suivent vers l’Equateur et le Pérou, d’autres encore rejoignent le Brésil. C’est un des thèmes les plus récurrent dans les médias et dans la bouche des gens rencontrés. De nombreux colombiens se plaignent et ont peur des Vénézueliens. Quelques-uns seulement se rappellent qu’il fut un temps où ils avaient eux aussi dû émigrer, notamment vers le Venezuela.

On aime traîner les rues de Cartagène.

On fait donc la connaissance de Colombiens naîts ou ayant grandit au Venezuela. Leur famille avait fuit durant les années noires de la Colombie, lorsque Pablo Escobar et les cartels de Medellin et de Cali étaient puissants, lorsque les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) menaient attentats et enlèvements ou lorsque les groupes paramilitaires avaient les mains libres. Ces colombiens du Venezuela se sentent aussi comme en exil, nombreux regrettent la vie qu’ils ont dû quitter là-bas.

Nos vendeurs de rue préférés, ceux qui vendent des mangues.

Fondée en 1533 par Pedro de Heredia, Cartagène fut l’un des principaux port de sortie de l’or pillé des “Indes occidentales” en même temps qu’elle fut l’une des principales porte d’entrée à la traite des Noirs. A l’intérieur des murailles toujours existantes de la vieille ville, se trouve la “plaza de los coches”, l’ancienne place du marché aux esclaves. Son histoire est glaçante. Les Africains volés à leur terre africaine et transportés par millions en bateau jusqu’en Amérique étaient exposés là, attachés, dans l’attente d’être vendus comme esclaves.

La ville est pleine de couleur.

Aujourd’hui, les “mamitas” Noires s’y promènent avec leurs robes colorées de jaune, de rouge et de bleu, et leurs paniers chargés de fruits sur la tête. Elles interpellent les touristes pour se faire prendre en photo avec eux et demander rétribution. “Une photo avec la noire ?” demandent-elles. Cela me choque. La manière dont elles se qualifient en parlant à la troisième personne sonne un peu trop colonial.

La culture afro-colombienne est présente dans toute la ville.

Quelques “cuadras” plus loin, sur la place Bolivar, un mural au sol représente les visages des “Reines de beauté”, les Miss Colombie élues lors de concours qui comptent parmis les événements populaire majeurs, des années 1930 à aujourd’hui. Pour l’anecdote, la maman d’Ingrid Betancourt, franco-colombienne retenue par les FARC pendant 6 ans, a été élue Reine de beauté avant d’entamer une carrière politique. Face au mural, je m’énerve toute seule, choquée. Alors que je trouve la population de Cartagène, et notamment ses femmes magnifiques et colorées, je ne retrouve aucun des profils croisés dans la rue. Pour peu, on croirait à l’historique de concours de beauté organisés en Allemagne, la majorité des femmes étant blondes, quelques-unes chataîns, mais aucune aux traits marqués Indigène ou Noire.

Il y a des couleurs, de la musique et des danseur.se.s partout.

Ceci pourrait expliquer le fait que tout le monde s’extasie dans les rues devant nos enfants. Ils sont blonds, ils sont donc gringos, ils sont donc beaux. A l’inverse pour moi, la Colombie sera le pays où l’on m’a le plus prise pour une locale. Mais ce qui marquera les enfants pour longtemps, ce sont la musique et les danseur.se.s de rue.

Hommage à Gabriel García Marquez dit Gabo, prix Nobel de Littérature Colombien.

Que ce soit la cumbia ou encore le Mapalé, des danses héritées des cultures afro-colombiennes, nous sommes sctochés par les déhanchés spectaculaires et tous ces corps qui dansent sur des rythmes à réveiller les morts. Mika, lui, est fasciné par les B-Boys qui enchaînent les figures de Break Dance sur le bitume mais aussi par Michael Jackson, originaire du Venezuela et qui se rend à vélo tous les soirs sur la “plaza de la Trinidad” pour interpréter “Thriller”.

Le soir, il fait encore trop chaud pour dormir, on aprécie d’être dans les rues.

En fait, c’est toute notre famille qui est fascinée par tous ces artistes de rues. A pied, dans le quartier de Getsemaní ou dans la vieille ville, Cartagène est belle à vivre.

Mais à parcourir à vélo, notamment pour en sortir, c’est une autre pair de manche. D’autant que pour nous qui sommes habitués aux changements dans la douceur avec le voyage à vélo, nous devons nous habituer rapidement à un nouveau continent, un nouveau pays où nous avons été débarqué, sans transition.

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